Accepter l'épreuve de la nuit pour une tentative toujours renouvelée de la naissance. Une complicité assez terrible semble souder un moment le créateur et son modèle. Une panique assez inouïe s'impose devant le grand vide de la page blanche.
La ligne ouvre une course folle, s'égare, revient plus confiante puis de nouveau chancelle; une agitation secrète freine l'élan, les lignes parfois se croisent et tissent des réseaux. Des forces au rythme saccadé, fiévreux, haletant suggèrent par leur énergie l'infini. La musique toujours présente donne une cadence et accompagne la main. Partant du visage, chaque essai est une aventure qui jette un éclair sur cet inconnu qui échappe sans cesse.

Judicaël - mai 1991


Je ne respire pas quand je dessine, j'attends la rencontre sans regarder ma feuille. La ligne errante, aveugle, commence sa course par le regard. La ligne chemine, elle irradie, se dilate, trébuche et repart affolée, pour s'arrêter, inquiète, après sa trajectoire. Une sorte de lacet est là qui se trame, faisant apparaître des formes qui s'enchaînent.
Si par hasard je m'arrête pendant ce travail je ne vois plus rien. Je dessine toujours en tension. Je m'empare de fragments. Ensuite je dois faire une toile, retrouver l'émotion et mettre ces fragments dans un espace. Je suis devenue incapable de faire une peinture sans un dessin qui prépare l'émotion.

Judicaël - 1995

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